MICHEL FUGAIN en concert au Liban le 15 décembre

MICHEL FUGAIN en concert au Liban le 15 décembre

C’est à l’occasion de son concert au Casino du Liban, que nous avons interviewé le célèbre chanteur Michel Fugain, dont les titres comme «Une belle histoire», «Chante la vie chante», «Fais comme l’oiseau», «Je n’aurai pas le temps», «Bravo Monsieur le monde», «Les Acadiens», «Le Paradis»… ont marqué les années 80 et continuent de passer sans cesse sur les ondes.

Est-ce la première fois que vous venez au Liban ?
Non, ce n’est pas la première fois. On y était, il y a un peu plus de 10 ans avec Charles Aznavour dans le cadre de la francophonie.

En parlant d’Aznavour, comment définissez-vous chacun de ces artistes?
Michel Sardou: Un ami de plus de 50 ans. On a commencé ensemble et j’ai fait ses premières chansons.
Céline Dion : Je l’ai connue petite comme tout le monde alors que j’allais au Québec et j’y vais toujours d’ailleurs. Je n’ai rien à dire sur Céline Dion, à part qu’elle chante magnifiquement bien et qu’elle représente un métier que je ne connais pas. Je ne me considère pas comme chanteur. Je suis un homme qui fait des chansons et les interprète et c’est différent.
Hervé Vilard : Quand je n’étais pas encore chanteur et que je travaillais dans une maison d’édition, j’avais fait une chanson pour Hervé Vilard.
Claude Barzotti : Ça fait longtemps que je n’ai pas entendu parler de lui. C’est un garçon absolument charmant.
Johnny Hallyday : Un mythe, une histoire incroyable entre un chanteur et un peuple. Un chanteur qui a réuni à un moment donné toutes les conditions pour devenir une légende. Connaissant Johnny un peu plus, j’affirme et ce n’est pas péjoratif que c’était un manipulateur absolument incroyable. Manipulateur comme seuls les gens du peuple savent l’être. C’était quelqu’un du peuple de condition humble et il avait une conscience très très forte de ceci. Il a su réunir tout ça avec l’aide d’un grand producteur qui était Jean-Claude Camus qui a tout fait pour Johnny. C’est Camus qui en fait une légende et c’est l’aspect strictement technique. Ça se traduit par le fait que c’est un artiste qui est une espèce d’institution et qui meurt comme une institution avec tous les hommages qui lui ont été fait. Je pense que les peuples ont besoin de temps en temps d’avoir ça.
Charles Aznavour : Un maître. Notre père spirituel. Il avait du recul sur le métier, sur tout ce que nous pratiquons. Un être d’exception.
Joe Dassin : C’était un ami personnel. Joe était un personnage incroyable partagé entre une naïveté et un côté fantastique d’étudiant américain. Et puis un jour il a découvert autre chose et il était du mauvais côté. Il s’est abîmé… J’ai l’impression que c’était un agneau que le destin aurait sacrifié.
Dalida : Je ne la connaissais pas beaucoup ; je lui ai fait une chanson mais ce n’était pas mon monde.

Quelle est la chanson qui vous a surtout lancé?
«Je n’aurai pas le temps» qui marche toujours très bien d’ailleurs.

Quels sont vos nouveaux projets?
D’abord continuer bien sûr à faire du spectacle parce que c’est vital pour moi et pour toute mon équipe. On est tous des fous de la scène et je viens d’ailleurs de créer un groupe qui s’appelle « Pluribus », qui veut dire à plusieurs. On est toute une équipe. Je ne participe que très très peu à ce groupe, mais j’en dirige les destinées et je suis en plein là-dedans en ce moment.

Est-il facile de devenir chanteur dans le monde d’aujourd’hui?
C’est assez difficile mais il faut dire que de nos jours rien n’est facile. Les règles qui gèrent notre quotidien sont commerciales et l’argent a pris une place considérable. Concrètement, on fait de l’utile mais pas forcément du travail artistique. C’est vraiment difficile d’imaginer que de tout ceci va sortir des usiniers. Ce n’est pas l’argent qui fait un artiste ! On parle d’une société qui est gérée par l’argent… On arrive au bout d’une logique qui crée des gens qui tentent leur chance. Il faut du temps pour avoir de la profondeur. Il y aura forcément une génération qui va arriver et va réinventer quelque chose. Je l’espère parce que ce sont les émotions qui comptent et actuellement, il n’y a plus d’émotions.

Vous aviez une tournée dans toute la France en 2018. Sentez-vous que le public est toujours aussi enthousiaste pour les chansons françaises que dans les années 80 ?
Oui les gens sont toujours très enthousiastes. Le public semble faire la différence entre les vraies chansons et la mode. Je fais parallèlement au spectacle qui va passer à Beyrouth, une causerie musicale où j’explique comment sont faites les chansons et dans quel cadre, en rendant hommage aux quatre grands auteurs français de ma vie dont Pierre Delanoë et Claude Lemesle. Ceci fait des soirées tout à fait particulières où les gens sont passionnés et se remettent à écouter les textes.

Allez-vous présenter un aperçu de cette causerie musicale au Liban ?
Oui parce que le spectacle que je vous emmène avec beaucoup de musique comprendra un peu de causeries et les gens adorent ça. Ils aiment qu’on leur raconte dans quel cadre a été créée telle ou telle chanson. Les gens ont besoin maintenant d’humanité, de sentir du vécu dans la chanson.

Comment trouvez-vous la France d’aujourd’hui ?
À l’image de sa politique, c’est à dire sans courage, essayant de tirer son épingle du jeu en n’ayant pas de grandes idées. Le président Mitterand disait : «Après moi, il n’y aura que des comptables». Ils sont toujours en train de parler de chiffres, il n’y a pas d’utopie, pas de rêves, pas d’espérance… Je pense que dans le monde occidental, nous souffrons du manque d’espérance.

Que représente pour vous le luxe?
Très franchement, rien.

Et la gloire ?
L’écume des jours.

La célébrité?
Si elle nous permet d’avancer et de simplifier les choses, pourquoi pas. Je rencontre des gens tous les jours et ça se traduit par des sourires, des mercis… Nous les chanteurs, nous sommes des décorateurs de vie. Ce métier m’enchante encore.


La beauté?
C’est très relatif. Je regarde un cèdre du Liban devant ma porte en Corse… C’est beau ! Le regard d’un môme, l’innocence d’un enfant… C’est beau aussi.

Êtes-vous croyant?
Non. Je crois surtout en l’humanité. J’ai d’ailleurs lu un livre d’Amine Maalouf sur les Croisades vues par les Arabes et j’ai été passionné par toute une histoire que je ne connaissais pas. Du coup, j’ai l’impression de mieux connaître le Moyen-Orient.

Qu’avez-vous réussi de mieux?
Si je vais vous répondre de façon tout à fait commune, je dirai ma vie, mes enfants… Je pense que j’ai réussi un deuxième mariage incroyable.

Votre vie privée et votre remariage ont fait la une des médias ces derniers mois. Pouvez-vous nous en parler brièvement ?

J’ai épousé il n’y a pas longtemps une deuxième femme qui s’appelle Sanda ; ça faisait quand même longtemps qu’on était ensemble. C’est un être magnifique qui m’a donné envie de continuer de vivre, de travailler, de trouver, de créer… Elle est absolument géniale.

Quel est le bonheur parfait 
selon vous ?
Je n’y crois pas.

Premier plaisir du matin
Un sourire de ma blonde et le petit-déjeuner qu’on prend ensemble.

…Et le dernier de la journée
La caresse, la jambe qui touche la jambe de l’autre pour se dire bonne nuit.

Un moyen de se détendre
Je ne ressens pas ce besoin parce que je ne suis pas tendu ni stressé. Je suis le fils d’un toubib qui me disait toujours qu’en médecine il n’y a pas d’urgence. Quand c’est urgent, on va à l’hôpital.

Votre chanson préférée
Je ne sais pas, je dirai musicalement «Over the rainbow». Je trouve ça absolument magnifique.

Un film culte
J’ai perdu la foi en un cinéma intellectuel.

La ville qui fait rêver
Paris est une ville qui m’a fait longtemps rêver mais c’est fini, c’est terminé… C’est devenu un enfer. Très franchement, je ne sais pas. Je peux vous parler de la Corse où je vis actuellement pendant des heures. J’ai un immense plaisir à faire partie de cette communauté.

Un regret
Je n’ai aucun regret.

Un souhait
Vivre le plus longtemps possible, en bonne santé avec ma blonde.

Le Royal